.COM, .CO.UK : une variété de réponses extrajudiciaires au cybersquatting

Cet article fut initialement publié sur DomainesInfo.fr, le 20 décembre 2006.

Une récente affaire, opposant un footballeur anglais et son supporter propriétaire d’un .COM et d’un .CO.UK, illustre la nécessité de toujours s’orienter, en cas de litiges, vers la procédure et l’institution spécifique de l’extension concernée.

Wayne Rooney, célèbre footballeur anglais, conteste la titularité de 2 noms de domaine, waynerooney.co.uk et waynerooney.com, acquis par un supporter en 2002, et non exploités depuis.

S’ouvrent 2 procédures de résolution des litiges différentes, parfaite illustration de la variété des réponses extrajudiciaires au cybersquatting sous diverses extensions.

L’affaire rapportée illustre remarquablement la singularité de la stratégie contentieuse en matière extrajudiciaire qui consiste pour une part essentielle à devoir déterminer quelle est l’unique procédure applicable à tel nom de domaine litigieux (et non pas au litige lui-même).

Des procédures multiples et indépendantes

En théorie, il pourrait exister autant de règlements régissant les procédures alternatives de règlement des conflits relatifs aux noms de domaine [2] qu’il existe d’extensions.

Observons néanmoins que pour un certain nombre d’extensions, ce sont les principes directeurs régissant le règlement des litiges relatifs aux noms de domaine (UDRP [3]) qui s’appliqueront. C’est notamment le cas pour les domaines génériques .COM, .NET, .ORG, .INFO ou .BIZ mais aussi pour de nombreux domaines géographiques tels que le .LA (Laos), à moins qu’il s’agisse d’une adaptation plus ou moins libre de l’UDRP comme cela a été retenu pour le .FR (France), le .EU (Union européenne), le .MX (Mexique) ou encore le .AE (Émirats Arabes Unis). Dans de nombreuses situations, le règlement du différend est confié à un centre institutionnel chargé d’organiser la procédure. Ainsi, le Centre d’arbitrage et de médiation de l’OMPI exerce une activité relativement importante en la matière [4].

Dans ce paysage, l’extension britannique .UK (United Kingdom) se singularise par le fait que le registre, Nominet, a créé en son sein un service de résolution des différends appelé Nominet Dispute Resolution Service qui a pour fonction de trancher les litiges nés de l’enregistrement ou de l’utilisation abusive de noms de domaine sous le .UK, et ce, sur le fondement d’un règlement appelé Nominet Dispute Resolution Service Policy (Nominet DRP).

Il ressort de cet ensemble que dès lors qu’un requérant souhaite contester la titularité d’un nom de domaine (nomdesociete.com) par la voie extrajudiciaire de l’« arbitrage », il ne peut le faire que devant l’institution ou l’une des institutions expressément accréditée(s) pour le domaine sous lequel le nom est enregistré (.com) et uniquement sur le fondement du règlement édifié pour ce domaine (pour le .com, il s’agit de l’UDRP).

Deux procédures DRP simultanées contre un seul et même défendeur

En l’espèce, le défendeur, Monsieur Huw M., un fervent supporter d’une équipe de jeunes footballeurs talentueux, avait enregistré, le 16 avril 2002, les noms de domaine waynerooney.com et waynerooney.co.uk, inspirés d’un joueur qui, à cette époque, commençait à se faire un nom dans le milieu du ballon rond. Selon le registrant, son intention était de créer un « site de fan » consacré au génie footballistique de Wayne Rooney.

En 2006, ce jeune joueur rapidement devenu célèbre a souhaité contester la titularité de ces noms de domaine qui demeuraient dans les mains de monsieur M. sans que celui-ci ne les ait jamais exploités. N’ayant pu obtenir la restitution amiable des deux noms, monsieur Rooney et la société en charge de la gestion de ses droits de marque et d’image ont déclenché simultanément deux procédures à l’encontre de monsieur M. :

l’une devant le Centre d’arbitrage et de médiation de l’OMPI sur le fondement des Principes UDRP pour l’obtention du nom de domaine waynerooney.com ;

l’autre devant le Nominet Dispute Resolution Service sur le fondement du Nominet DRP pour récupérer le nom de domaine waynerooney.co.uk.

Deux décisions de transfert substantiellement similaires

Le règlement élaboré par Nominet est, parmi l’ensemble des modes extrajudiciaires de règlement des litiges relatifs aux noms de domaine, l’un de ceux qui se démarquent le plus de l’UDRP. Toutefois, on y retrouve les exigences communes à l’ensemble des DRP, à savoir :

l’existence d’une similarité ou d’une identité, avec un droit antérieur, de nature à créer un risque de confusion ;

l’absence de droit ou intérêt légitime du défendeur sur le nom de domaine ;

la mauvaise foi du défendeur au stade de l’enregistrement du nom de domaine et/ou au stade de son utilisation.

Par exemple, une disposition particulière réside dans l’existence d’une procédure de médiation préalable, qui ne laisse se dérouler la procédure d’arbitrage qu’en cas d’échec.

Une autre disposition est celle de l’article 1er du règlement Nominet qui, en matière de bonne ou mauvaise foi, pose la règle de l’alternative « ou », le requérant ayant ainsi la possibilité de prouver la mauvaise foi du défendeur soit à l’époque de l’enregistrement, soit au stade de l’exploitation. En revanche, les principes UDRP posent la règle du cumul, quoique l’interprétation large réalisée par la pratique UDRP tende à considérer que l’adjonction « et » pourrait être remplacée par « ou ».

Observons également que la définition des droits susceptibles d’être invoqués par le requérant dans le cadre d’une procédure Nominet est particulièrement large puisqu’elle recouvre de façon non limitative tous les droits protégés par le droit anglais. Toutefois, la portée de cette particularité mérite elle aussi d’être nuancée tant l’interprétation faite par la pratique UDRP du droit de marque est large et recouvre une multitude de situations.

Cohérence des pratiques extrajudiciaires

En définitive, à la lumière des deux décisions rendues, nous pouvons observer que les motivations qui ont guidé les arbitres uniques respectivement chargés de l’UDRP et de la Nominet DRP pour décider du transfert des noms de domaine sont substantiellement les mêmes.

Par exemple, tant la décision Nominet que la décision UDRP retiennent comme indice de mauvaise foi du défendeur le fait de n’avoir entrepris aucune mesure relative à la création d’un quelconque site Internet pendant quatre ans.

De même, les deux décisions rejettent les allégations de monsieur M. fondées sur l’antériorité des noms de domaine puisque l’un et l’autre reprennent à l’identique le nom d’une personne qui bénéficiait déjà, à l’époque, d’une certaine réputation, fût-elle locale.

Cette affaire, quelque peu atypique, présente l’intérêt de mettre en lumière le fait que la reprise dans les divers règlements DRP relatifs aux litiges de noms de domaine du noyau dur – risque de confusion, absence de droit ou d’intérêt légitime et mauvaise foi – participe à la cohérence de l’ensemble de la pratique extrajudiciaire en la matière.

Se pose désormais la question de la jonction des dossiers, mais il semblerait qu’une telle proposition se heurterait à des difficultés d’organisation et de coordination des institutions de règlement.

Pour aller plus loin

[1] OMPI, D2006-0916, Stoneygate 48 Limited and Wayne Mark Rooney v. Huw M., October 6, 2006 et Nominet, DRS 03844, Stoneygate 48 Limited and Wayne Mark Rooney v. M. Huw M., 5 October 2006.

[2] Dispute Resolution Policy.

[3] Uniform Domain Name Dispute Resolution Policy (appelés Principes UDRP).

[4] De même, la Czech Court Arbitration est chargée de l’organisation des procédures ADR relatives au .EU.

« Usernames » sur les réseaux sociaux : comment résoudre les litiges ?

Les réseaux sociaux ont généralisé les « vanity URLs », qui permettent de réserver comme nom d’utilisateur la marque d’un tiers. L’article recense les moyens offerts au titulaire et conclut à leur insuffisance : l’information portée dans les conditions d’utilisation, assortie de clauses limitatives de responsabilité, dissuade peu ; les procédures de notification, qui laissent Twitter ou Apple supprimer un nom, confèrent aux éditeurs un pouvoir potentiellement arbitraire ; les clauses attributives de juridiction et les conventions d’arbitrage sont coûteuses, plafonnées ou inopposables aux tiers. Deux pistes sont avancées : une convention d’arbitrage erga omnes, qui engagerait le seul utilisateur, et la transposition de l’UDRP, laquelle suppose de résoudre l’identification des utilisateurs et l’absence d’organe transnational comparable à l’ICANN, obstacle contournable par des règlements que le Centre d’arbitrage et de médiation de l’OMPI proposerait aux éditeurs par référence.

12 October 2010
Initially published on DomainesInfo.fr

Propos sur le caractère alternatif de l’UDRP

L’article s’interroge sur le sens du qualificatif « alternatif » attaché à l’UDRP et aux autres procédures extrajudiciaires relatives aux noms de domaine. Il prend appui sur l’affaire tignes.com : déboutée de son action en contrefaçon devant le Tribunal de grande instance de Lyon, la Commune de Tignes engagea une procédure UDRP qui rejeta elle aussi sa demande de transfert (décision D2010-0076 du 23 février 2010). Le caractère alternatif tient d’abord à l’organe saisi et à la source du droit applicable, la contrefaçon relevant de la loi et du juge étatique quand l’UDRP repose sur le contrat et sur un tiers décideur vérifiant le seul respect des principes directeurs. Il tient ensuite aux conditions et aux effets : la mauvaise foi, inopérante en contrefaçon, doit être prouvée en UDRP, et la décision UDRP n’a pas l’autorité de la chose jugée. D’où la possibilité de cumuler les deux voies et la question de savoir si elles ne sont pas devenues le mode normal de règlement de ces litiges.

13 April 2010
Initially published on DomainesInfo.fr

Ruée et répartition : la cartographie sectorielle du Reveal Day 2026

Le 7 octobre 2026, l'ICANN a publié les candidatures du premier cycle de nouveaux gTLDs ouvert depuis 2012 : 1 614 candidatures principales, portant sur 986 gTLDs distincts et déposées par 480 entités. C'est moins qu'en 2012 (1 930 candidatures pour 1 409 gTLDs), alors que les frais d'évaluation atteignent désormais 227 000 dollars, mais la concurrence est plus vive : 55 % des candidatures sont en conflit, contre 39 % en 2012. Le rattachement de chaque gTLD à un secteur révèle une demande portée par le numérique. L'intelligence artificielle est le secteur le plus disputé, .AGENT réunissant treize candidats, et les grands acteurs de l'IA ont verrouillé leurs propres noms. Les marques répondent présent avec mesure : 333 candidatures .BRAND, soit une sur cinq, dont neuf seulement françaises. Les territoires, si visibles en 2012, se font discrets, tandis que des niches s'affirment, comme la santé ou les professions, avec notamment une candidature communautaire .AVOCAT. Pour les titulaires de marques, l'urgence est de vérifier la liste avant l'ouverture des objections, le 17 novembre 2026.

9 October 2026
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Abus du DNS : comment relier les noms de domaine d'un même acteur ?

Le 18 août 2026, l'ICANN a soumis à consultation publique le rapport initial de son processus d'élaboration de politique sur l'atténuation des abus du DNS (PDP 1). Parmi ses propositions figurent les Associated Domain Checks : lorsqu'un registrar traite un signalement d'abus, il devrait aussi examiner les autres noms de domaine du même client. Dans ses commentaires du 25 septembre 2026, le Centre d'arbitrage et de médiation de l'OMPI soutient l'approche mais en souligne la limite principale : les vérifications s'arrêtent au portefeuille d'un seul registrar. Les acteurs malveillants le savent et dispersent leurs enregistrements entre plusieurs prestataires, ce qui entrave la jonction des procédures UDRP. L'OMPI propose d'explorer des mécanismes inter-registrars sans préciser quelles données permettraient le rapprochement. L'article suggère que les moyens de paiement, pseudonymisés, pourraient jouer ce rôle de dénominateur commun, tout en reconnaissant leurs limites (cartes prépayées, fraude, multiplicité des moyens) : un indice plutôt qu'une preuve. On passe ainsi d'une logique « un domaine, une enquête » à une logique de réseau.

28 September 2026
Initially published on iptwins.com

Article Information

Author

Emmanuel Gillet

Publication Date

20 December 2006

Jurisdiction

Industry

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