Propos sur le caractère alternatif de l’UDRP

Cet article fut initialement publié sur DomainesInfo.fr, le 13 avril 2010.

L’UDRP est une procédure alternative de règlement des litiges relatifs aux noms de domaine, lit-on depuis plus d’une dizaine d’années. Mais qu’est-ce qui donne à cette procédure ce caractère alternatif ? Quelques éléments de réponse.

LES FAITS

Une action en contrefaçon avait été engagée par la Commune de Tignes devant le Tribunal de grande instance de Lyon. Ce dernier débouta la demanderesse, jugeant que l’enregistrement et l’utilisation du nom de domaine tignes.com ne contrefaisaient pas ladite marque [1].

Résolue à obtenir le transfert de tignes.com, la commune a engagé une procédure UDRP dont l’issue n’est guère plus favorable puisque la demande de transfert a été rejetée [2].

L’ANALYSE DE DOMAINESINFO.FR

Les procédures extrajudiciaires de règlement des litiges sont souvent présentées comme des procédures alternatives. C’est d’ailleurs le nom qui a été donné aux procédures extrajudiciaires du .FR : Procédures Alternatives de Règlement des Litiges (PARL).

La question se pose donc de savoir ce qu’il faut entendre par « alternative ». L’affaire Tignes.com offre une occasion d’y répondre.

I – Alternative à quoi ?

Les litiges relatifs aux marques sont traditionnellement portés devant le juge étatique (et, en première instance, devant le TGI) dont la mission est de se prononcer principalement sur une contrefaçon, tandis que la procédure UDRP est engagée devant un tiers décideur (s’il est seul) ou une commission administrative (composée de trois membres) qui ne doit pas se prononcer sur la contrefaçon mais vérifier et dire si le titulaire du nom de domaine a respecté ou non les principes UDRP.

Par ailleurs, si l’action en contrefaçon trouve son origine dans la loi, celle de l’UDRP se trouve dans le contrat, lequel incorpore par référence lesdits principes UDRP.

II – Alternative pourquoi ?

Les conditions nécessaires à la reconnaissance et à la sanction de la contrefaçon sont très différentes de celles exigées pour la reconnaissance et la sanction du cybersquatting par utilisation d’un nom de domaine.

Par exemple, si la mauvaise foi est inopérante en matière de contrefaçon, sa preuve doit être rapportée en UDRP.

En outre, la décision UDRP ne produit pas les mêmes effets qu’une décision de justice rendue par un juge étatique car elle n’a pas l’autorité de la chose jugée. En outre, l’exécution de la décision repose simplement sur un mécanisme contractuel.

Cela explique que le propriétaire d’une marque puisse agir sur deux terrains différents : le terrain de l’UDRP, puis le terrain judiciaire. Chronologiquement, l’inverse est également possible, comme en atteste la décision D2010-0076 [2].

Le succès considérable de l’UDRP et des autres procédures extrajudiciaires relatives aux noms de domaine nous invite aujourd’hui à nous demander si ces procédures ne seraient pas devenues le mode, non plus alternatif, mais normal, de règlement des litiges entre marques et noms de domaine.

Pour aller plus loin

[1] TGI Lyon, 27 septembre 2001 : inédit.

[2] D2010-0076, Commune de Tignes v. L. et S. R., February 23, 2010.

« Usernames » sur les réseaux sociaux : comment résoudre les litiges ?

Les réseaux sociaux ont généralisé les « vanity URLs », qui permettent de réserver comme nom d’utilisateur la marque d’un tiers. L’article recense les moyens offerts au titulaire et conclut à leur insuffisance : l’information portée dans les conditions d’utilisation, assortie de clauses limitatives de responsabilité, dissuade peu ; les procédures de notification, qui laissent Twitter ou Apple supprimer un nom, confèrent aux éditeurs un pouvoir potentiellement arbitraire ; les clauses attributives de juridiction et les conventions d’arbitrage sont coûteuses, plafonnées ou inopposables aux tiers. Deux pistes sont avancées : une convention d’arbitrage erga omnes, qui engagerait le seul utilisateur, et la transposition de l’UDRP, laquelle suppose de résoudre l’identification des utilisateurs et l’absence d’organe transnational comparable à l’ICANN, obstacle contournable par des règlements que le Centre d’arbitrage et de médiation de l’OMPI proposerait aux éditeurs par référence.

12 October 2010
Initially published on DomainesInfo.fr

L’intérêt de la médiation dans certains litiges

L’arrêt rendu le 8 février 2008 par la Cour d’appel de Paris, opposant les sociétés Oliviers & Co et Baussan & Co à l’association Les Hommes de l’Olivier et à son fondateur, illustre l’intérêt de la médiation en matière de noms de domaine. Le conflit, né d’une clause de non-concurrence stipulée lors d’une cession d’actions et de l’exploitation du site leshommesdelolivier.org, avait d’abord été tranché par le Tribunal de grande instance de Paris, qui avait retenu la contrefaçon de marque, ordonné le transfert de quatre noms de domaine et alloué des dommages-intérêts. Ni la voie judiciaire ni l’UDRP n’étaient ici pleinement adaptées : nature contractuelle du différend, souci de confidentialité, intérêts partiellement convergents. La chronique rappelle le fondement de l’article 131-1 du Code de procédure civile, les limites de la recommandation en ligne AFNIC/CMAP, cantonnée au .fr, et l’autorité de chose jugée attachée à la transaction issue d’une médiation réussie.

19 November 2008
Initially published on DomainesInfo.fr

Ruée et répartition : la cartographie sectorielle du Reveal Day 2026

Le 7 octobre 2026, l'ICANN a publié les candidatures du premier cycle de nouveaux gTLDs ouvert depuis 2012 : 1 614 candidatures principales, portant sur 986 gTLDs distincts et déposées par 480 entités. C'est moins qu'en 2012 (1 930 candidatures pour 1 409 gTLDs), alors que les frais d'évaluation atteignent désormais 227 000 dollars, mais la concurrence est plus vive : 55 % des candidatures sont en conflit, contre 39 % en 2012. Le rattachement de chaque gTLD à un secteur révèle une demande portée par le numérique. L'intelligence artificielle est le secteur le plus disputé, .AGENT réunissant treize candidats, et les grands acteurs de l'IA ont verrouillé leurs propres noms. Les marques répondent présent avec mesure : 333 candidatures .BRAND, soit une sur cinq, dont neuf seulement françaises. Les territoires, si visibles en 2012, se font discrets, tandis que des niches s'affirment, comme la santé ou les professions, avec notamment une candidature communautaire .AVOCAT. Pour les titulaires de marques, l'urgence est de vérifier la liste avant l'ouverture des objections, le 17 novembre 2026.

9 October 2026
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Abus du DNS : comment relier les noms de domaine d'un même acteur ?

Le 18 août 2026, l'ICANN a soumis à consultation publique le rapport initial de son processus d'élaboration de politique sur l'atténuation des abus du DNS (PDP 1). Parmi ses propositions figurent les Associated Domain Checks : lorsqu'un registrar traite un signalement d'abus, il devrait aussi examiner les autres noms de domaine du même client. Dans ses commentaires du 25 septembre 2026, le Centre d'arbitrage et de médiation de l'OMPI soutient l'approche mais en souligne la limite principale : les vérifications s'arrêtent au portefeuille d'un seul registrar. Les acteurs malveillants le savent et dispersent leurs enregistrements entre plusieurs prestataires, ce qui entrave la jonction des procédures UDRP. L'OMPI propose d'explorer des mécanismes inter-registrars sans préciser quelles données permettraient le rapprochement. L'article suggère que les moyens de paiement, pseudonymisés, pourraient jouer ce rôle de dénominateur commun, tout en reconnaissant leurs limites (cartes prépayées, fraude, multiplicité des moyens) : un indice plutôt qu'une preuve. On passe ainsi d'une logique « un domaine, une enquête » à une logique de réseau.

28 September 2026
Initially published on iptwins.com

Article Information

Author

Emmanuel Gillet

Publication Date

13 April 2010

Jurisdiction

Industry

Related Decision(s)

D2010-0076OMPI, Centre d’arbitrage et de médiationCommune de Tignes v. L. et S. R.2010-02-23
Tribunal de grande instance de LyonCommune de Tignes (tignes.com)2001-09-27
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