La Czech Arbitration Court souhaite introduire la Class Complaint

Cet article fut initialement publié sur DomainesInfo.fr, le 20 mars 2008.

La Czech Arbitration Court projette de modifier le règlement ADR pour y introduire une action de groupe, une procédure bienvenue mais qui pourrait soulever quelques difficultés.

La principale modification tendrait à l’introduction de ce qu’il est convenu d’appeler une action de groupe (ou class action) et qui porterait le nom spécifique de « class complaint ». Si celle-ci doit être la bienvenue pour les ayants droit victimes de cybersquatting, elle laisse quelques interrogations en suspens.

Définition de la Class Complaint

Il s’agirait d’une requête dont la particularité serait d’être émise par un demandeur habilité à agir au nom et pour le compte d’un ou plusieurs autres demandeurs à l’encontre d’un défendeur unique détenant plusieurs noms de domaine dont la titularité légitime mérite d’être disputée.

La proposition d’une action groupée doit être la bienvenue dans son principe.

D’abord, une telle procédure permettrait incontestablement un gain de temps et d’argent pour les ayants droit.

Ensuite, elle offrirait une possibilité simple d’obtenir la radiation ou le transfert d’un nom de domaine imitant ou reproduisant, en les combinant dans un nom de domaine unique, plusieurs marques dont sont titulaires deux ou plusieurs personnes distinctes (par exemple : cocapepsicola.com). Dans ce cas, les demandeurs agiraient de concert et cela ne peut qu’être souhaité.

En revanche, dans l’hypothèse où le défendeur serait titulaire de plusieurs noms de domaine reprenant, de manière autonome, des marques appartenant à des personnes distinctes (par exemple : cocacola.com et pepsicola.com), la société titulaire des marques Coca-Cola pourrait-elle agir au nom et pour le compte de Pepsi (ou l’inverse) ? Cette question ne peut appeler qu’une réponse négative puisque Coca-Cola n’a aucun intérêt à agir pour obtenir le transfert de pepsicola.com et, selon nous, l’habilitation à agir de l’un pour le compte de l’autre ne saurait suffire à constituer l’intérêt à agir qui doit être requis.

Une condition fondamentale : une langue unique

L’action de groupe serait néanmoins soumise à plusieurs conditions dont la principale se trouverait dans la langue de la procédure. On imagine assez mal, en effet, qu’une procédure ADR puisse être conduite dans des langues différentes.

POINTS ESSENTIELS

• Modification de l’ADR : Introduction d’une action de groupe (ou class action) qui porterait le nom spécifique de « class complaint ».

• Définition de la Class Complaint : Il s’agirait d’une requête dont la particularité serait d’être émise par un demandeur habilité à agir au nom et pour le compte d’un ou plusieurs autres demandeurs à l’encontre d’un défendeur unique détenant plusieurs noms de domaine dont la titularité légitime mérite d’être disputée.

• Une condition fondamentale : une langue unique L’action de groupe serait néanmoins soumise à plusieurs conditions dont la principale se trouverait dans la langue de la procédure. On imagine assez mal, en effet, qu’une procédure ADR puisse être conduite dans des langues différentes.

Une contrainte à l’effectivité de l’exécution de la décision ADR

En l’état actuel du texte, la proposition contient, selon nous, une contrainte regrettable au stade de l’exécution car, en cas de transfert d’un ou plusieurs noms de domaine, ce transfert ne pourrait s’effectuer qu’entre les mains du représentant des demandeurs. Or il nous semblerait plus efficace, dans un souci de limiter le nombre de formalités, de permettre un transfert directement au profit de celui pour le compte duquel la décision a été prononcée.

La question du (des ?) recours du défendeur

Une autre difficulté mérite d’être soulevée, mais cette fois-ci du côté du défendeur.

On sait que ce dernier dispose toujours de la faculté de contester une décision ADR devant les juridictions judiciaires compétentes. Or il est permis de penser que la multiplication de demandeurs risquerait de multiplier d’autant le nombre de forums. Dans ce cas, il semblerait que le défendeur insatisfait par la décision ADR doive contester celle-ci devant plusieurs juridictions. Cela appelle quelques remarques.

Il est permis de penser qu’une telle contrainte, si elle était avérée, formerait un obstacle à l’accès au juge et, par conséquent, pourrait être jugée contraire à l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme.

Pour y remédier, pourrait-on concevoir que le défendeur contrarié par la décision ADR puisse se tourner vers un seul forum déterminé en assignant uniquement le représentant des demandeurs pour la « rétrocession » d’un ou plusieurs noms de domaine ?

La proposition, aussi intéressante et novatrice soit-elle, mériterait peut-être quelques éclaircissements sur ce point.

Source : Proposition de modification des Règles ADR et des Règles supplémentaires.

Les liens de l’article

- Proposition de modification des Règles ADR et des Règles supplémentaires

- Commentaires de l’ECTA (European Communities Trade Mark Association) sur la proposition de modification des Règles ADR et des Règles supplémentaires

- Voir également : le rapport du professeur Chris Reed sur l’authentification dans les Règles ADR

« Usernames » sur les réseaux sociaux : comment résoudre les litiges ?

Les réseaux sociaux ont généralisé les « vanity URLs », qui permettent de réserver comme nom d’utilisateur la marque d’un tiers. L’article recense les moyens offerts au titulaire et conclut à leur insuffisance : l’information portée dans les conditions d’utilisation, assortie de clauses limitatives de responsabilité, dissuade peu ; les procédures de notification, qui laissent Twitter ou Apple supprimer un nom, confèrent aux éditeurs un pouvoir potentiellement arbitraire ; les clauses attributives de juridiction et les conventions d’arbitrage sont coûteuses, plafonnées ou inopposables aux tiers. Deux pistes sont avancées : une convention d’arbitrage erga omnes, qui engagerait le seul utilisateur, et la transposition de l’UDRP, laquelle suppose de résoudre l’identification des utilisateurs et l’absence d’organe transnational comparable à l’ICANN, obstacle contournable par des règlements que le Centre d’arbitrage et de médiation de l’OMPI proposerait aux éditeurs par référence.

12 October 2010
Initially published on DomainesInfo.fr

Propos sur le caractère alternatif de l’UDRP

L’article s’interroge sur le sens du qualificatif « alternatif » attaché à l’UDRP et aux autres procédures extrajudiciaires relatives aux noms de domaine. Il prend appui sur l’affaire tignes.com : déboutée de son action en contrefaçon devant le Tribunal de grande instance de Lyon, la Commune de Tignes engagea une procédure UDRP qui rejeta elle aussi sa demande de transfert (décision D2010-0076 du 23 février 2010). Le caractère alternatif tient d’abord à l’organe saisi et à la source du droit applicable, la contrefaçon relevant de la loi et du juge étatique quand l’UDRP repose sur le contrat et sur un tiers décideur vérifiant le seul respect des principes directeurs. Il tient ensuite aux conditions et aux effets : la mauvaise foi, inopérante en contrefaçon, doit être prouvée en UDRP, et la décision UDRP n’a pas l’autorité de la chose jugée. D’où la possibilité de cumuler les deux voies et la question de savoir si elles ne sont pas devenues le mode normal de règlement de ces litiges.

13 April 2010
Initially published on DomainesInfo.fr

Abus du DNS : comment relier les noms de domaine d'un même acteur ?

Le 18 août 2026, l'ICANN a soumis à consultation publique le rapport initial de son processus d'élaboration de politique sur l'atténuation des abus du DNS (PDP 1). Parmi ses propositions figurent les Associated Domain Checks : lorsqu'un registrar traite un signalement d'abus, il devrait aussi examiner les autres noms de domaine du même client. Dans ses commentaires du 25 septembre 2026, le Centre d'arbitrage et de médiation de l'OMPI soutient l'approche mais en souligne la limite principale : les vérifications s'arrêtent au portefeuille d'un seul registrar. Les acteurs malveillants le savent et dispersent leurs enregistrements entre plusieurs prestataires, ce qui entrave la jonction des procédures UDRP. L'OMPI propose d'explorer des mécanismes inter-registrars sans préciser quelles données permettraient le rapprochement. L'article suggère que les moyens de paiement, pseudonymisés, pourraient jouer ce rôle de dénominateur commun, tout en reconnaissant leurs limites (cartes prépayées, fraude, multiplicité des moyens) : un indice plutôt qu'une preuve. On passe ainsi d'une logique « un domaine, une enquête » à une logique de réseau.

28 September 2026
Initially published on iptwins.com

DNS et Web3 : comment éviter d'importer le cryptosquatting dans le DNS ?

Le DNS et les systèmes de nommage alternatifs fondés sur la blockchain se rapprochent, avec des projets comme .BLOCKCHAIN ou le cryptoTLD .ROBOT qui visent à exploiter la même chaîne dans les deux univers. En août 2026, le Technical Study Group de l'ICANN a publié un rapport initial sur l'intégration des gTLD avec ces systèmes, fondé sur un principe « string + controller » : un même nom doit rester sous le même contrôle d'un système à l'autre, avec un statut synchronisé. En septembre 2026, le SSAC a soutenu cette synchronisation tout en relevant que l'application de l'UDRP et de l'URS devient délicate lorsqu'un titulaire n'existe que dans un système alternatif, sans données d'enregistrement classiques. Le Centre d'arbitrage et de médiation de l'OMPI rappelle que le cybersquatting y est déjà répandu : reporter automatiquement ces noms dans le DNS reviendrait à importer des atteintes existantes. Les titulaires de marques ont donc besoin de mécanismes de protection équivalents, notamment pour empêcher l'activation de noms contrefaisants, comme l'a amorcé l'adhésion d'Unstoppable Domains à GlobalBlock.

24 September 2026
Initially published on iptwins.com

Article Information

Author

Emmanuel Gillet

Publication Date

20 March 2008

Jurisdiction

Industry

Related Decision(s)

Please select listing to show.

Filter articles

Filter for Topics
Filter for Industries
Filter for Jurisdictions